Lassemblée générale du GERFA, réunie le 28 janvier 2004, a fait le point sur la réforme COPERNIC.
En septembre 2003, la ministre ARENA proclamait la fin de COPERNIC, en cela suivie par tous ceux qui pourtant avaient voué un culte déraisonnable au plan du ministre VAN DEN BOSSCHE.
Si le GERFA avait applaudi cette prise de conscience, il considérait cependant que cette déclaration devait saccompagner de décisions précises.
Dans la logique de la déclaration, il simposait dabord et avant toute chose darrêter le recrutement des « top managers », que ce soit les recrutements en cours ou a fortiori les recrutements projetés. Simultanément, il y avait lieu de réduire les traitements des « top managers » et de les rétablir dans les échelles barémiques 16 et 17 en vigueur en 2001. Comme nous lavions signalé à plusieurs reprises, cette réduction est tout à fait régulière pour autant quelle soit opérée par un acte règlementaire et quelle nait pas deffet rétroactif : il sagit dune simple application de la loi du changement à laquelle toute la fonction publique est soumise. Les « top managers » resteraient en fonction jusque la fin de leur mandat et feraient place alors à de nouveaux dirigeants formés et sélectionnés avec rigueur . Bref, il ne suffisait pas de déclarer que COPERNIC est mort pour remettre ladministration en état. Au contraire, la fin de COPERNIC devait être le début dune véritable réforme, attendue depuis vingt ans par les fonctionnaires mais aussi par les usagers qui nen pensent pas moins... en silence. Contrairement à ce qui a été déclaré, la ministre ARENA na nullement arrêté le plan COPERNIC mais la continué, tout en rappelant régulièrement tout le mal quelle en pensait. La plupart des citoyens croient donc de bonne foi que COPERNIC est arrêté, alors quil nen est strictement rien.
Jusquen décembre 2003, le recrutement et les nominations de différents « top managers » grassement payés ont donc continué ! En décembre 2003, nouveau coup de théâtre, puisque, sur le recours introduit par une candidate ayant été recalée à lassessment , le Conseil dÉtat a suspendu la procédure en constatant que la sélection des candidats « top managers » par des jurys distincts, lun réservé aux Francophones, lautre aux Néerlandophones, viole le principe dégalité.
Bref, larrêt du Conseil dÉtat était loccasion rêvée pour stopper définitivement COPERNIC.
Le conseil des ministres prend pourtant une décision différente et invite la ministre à trouver une parade pour se conformer à larrêt du Conseil dÉtat. Aussitôt, la ministre ARENA sexécute et établit un nouveau plan.
Dans un projet darrêté, elle organise le recrutement des « top managers » par un seul jury bilingue. Tous les candidats francophones et néerlandophones seront donc évalués par le même jury.
Selon les conseillers de la ministre, il suffit que le président du jury, délégué par le SELOR, soit bilingue pour que la procédure soit régulière ; les autres membres du jury peuvent donc être unilingues.
Cette affirmation est incorrecte. En effet, le Conseil dÉtat ne sest pas encore prononcé sur la légalité des jurys bilingues, puisque, par hypothèse, les agents recrutés par les services publics étaient destinés à un rôle linguistique déterminé et nétaient donc jamais examinés par un jury bilingue.
Le Conseil dÉtat a considéré dans dautres affaires quil suffit quil y ait un membre bilingue dans un organe collégial (conseil de direction, collège des chefs de services, etc.) pour que la procédure soit légale aux yeux des lois sur lemploi des langues. Mais le problème est ici différent, puisquil sagit dun jury chargé dexaminer et dinterroger les candidats et on imagine mal dès lors que les interrogateurs ne soient pas tous capables de poser des questions aux candidats dans leur langue et dévaluer leurs réponses données dans cette langue, sous peine de violer le principe dégalité. Il faut que tous les membres du jury soient bilingues légaux pour que légalité des candidats soit garantie et pour que la procédure puisse être menée à bien (1).
La constitution de jurys dont les assesseurs sont bilingues légaux savère quasiment impossible, dautant que les experts privés nauront pas fait la preuve de la connaissance de lautre langue.
Le mauvais bricolage imaginé par le Gouvernement risque donc déchouer lamentablement.
Le double langage de la ministre ne sarrête pas là, puisquelle sest bien gardée de toucher aux émoluments des « top managers » en place et sest bornée à réduire très symboliquement le traitement des nouveaux « managers » , preuve supplémentaire de sa volonté de poursuivre dans COPERNIC.
Mieux, la ministre a même donné sa caution à une loi qui octroie aux « managers » une pension confortable, au-delà de la limite légale des trois quarts du traitement mensuel brut de secrétaire général.
Enfin, si les firmes privées daudit ne sont plus conviées en tant que telles, elles ont été remplacées par leurs experts « privés » . Là aussi, la « réforme » dARENA se révèle une plaisanterie.
En conclusion, le GERFA constate :
quen dépit des déclarations de la ministre, le plan COPERNIC continue bel et bien ;
quen dépit des vices de la procédure, le Gouvernement essaie de colmater les brèches en ajoutant bricolage sur bricolage.
Comme le GERFA la rappelé, il fallait avoir le courage de stopper le plan COPERNIC et lensemble des aberrations et des dépenses quil a charriées.
En continuant COPERNIC, tout en déclarant quil larrête, le Gouvernement persiste dans une réforme inachevée dont léchec final est annoncé. En 1999, le GERFA avait vertement critiqué le plan COPERNIC, en 2003, tout le monde lui donna raison, et pourtant le Gouvernement continue. Les services publics méritent une meilleure gestion qui tienne compte à la fois de la carrière des agents et des besoins des usagers.
LAssemblée du GERFA
(1) Le GERFA nest pas opposé aux mandats en tant que tels ; dans son mémorandum, il défend une autre procédure de sélection pour y pourvoir qui éviterait dailleurs les écueils dénoncés.
« Pour les fonctionnaires généraux (chefs dadministration ou adjoints de chefs dadmInistration), le projet du GERFA a pour but essentiel de concilier compétence et choix politique. Il est le fait dun double constat, dune part que lautorité politique veut choisir ses fonctionnaires généraux, dautre part quil faut limiter ce choix â des agents compétents.
Il simpose de créer une réelle carrière pour les fonctionnaires généraux basée sur trois axes :
1° un concours
2° une période de formation
3° des mandats de direction.
Tout agent de niveau 1 comptant 6 années dancienneté pourrait présenter un concours de capacité dun haut niveau dexigence.
Après ce concours, le lauréat doit suivre une année de formation organisée en Belgique par lÉcole dAdministration. Au terme de cette année et après réussite dun examen, le candidat est revêtu du grade dadministrateur(barème 13B). Cest uniquement parmi les administrateurs que lautorité politique peut choisir ses fonctionnaires généraux pour des mandats limités et renouvelables, â lissue desquels ils retrouvent leur grade dorigine.
Avantages du système :
1° le choix est limité â des agents qui ont acquis un minimum de compétence ;
2° par le mécanisme des mandats, les fonctions ne sont pas monopolisées pour des termes de 20 ans et plus ;
3° une collaboration plus étroite entre les fonctionnaires dirigeants et lautorité politique permet une réduction drastique des effectifs des cabinets ministériels. »
(Mémorandum du GERFA, avril 2003)