Communiqué du 17 octobre 2006

Non aux opérations immobilières de REYNDERS !


Le ministre des Finances, Didiers REYNDERS (M.R.), invente depuis près de huit ans une série de trucs et de ficelles pour équilibrer le budget, mais qui aboutissent en fait à piller le patrimoine de l’État et à priver à terme les services publics de moyens importants pour mener de nouvelles politiques ou simplement pour assurer leurs fonctions de base.


Les ventes

 
Ainsi, le Gouvernement s’est engagé dans une politique systématique de vente des immeubles abritant pour l’essentielles services des grands ministères qui doivent évidemment être logés soit dans d’autres bâtiments reloués à des sociétés privées au prix du marché, soit... dans les bâtiments vendus ! L’exemple de la Tour des Finances est à cet égard emblématique : vendue à des opérateurs néerlandais, elle a été aussitôt relouée par l’État pour abriter les services des Finances qui avaient dû cependant la quitter pendant le temps de sa restauration !

Nous avions déjà dénoncé ces opérations en janvier 2002 en constatant que les acheteurs faisaient de très bonnes affaires compte tenu de la sous-évaluation du marché immobilier bruxellois. Par ailleurs, la précipitation avec laquelle les opérations ont été exécutées et la nécessité de conclure la vente avant la fin de l’exercice, histoire d’équilibrer le budget, ne permettaient pas d’obtenir le meilleur prix.

Récemment, la Cour des comptes a d’ailleurs épinglé le processus d’estimation des biens immobiliers et a relévé qu’aucune estimation n’avait précédé la vente de la Tour des Finances. Pire, la Cité administrative a été vendue 27 millions alors qu’une estimation l’évaluait à 70 millions. A ces observations, le ministre a répondu sur CANAL Z qu’on ne peut obtenir le meilleur prix lorsqu’on doit vendre dans un délai déterminé. Évidemment, mais il oublie un peu vite qu’il fait partie d’un gouvernement qui a décidé d’équilibrer le budget par des ventes d’actifs et non par des réductions de dépenses.
 
Mais la critique de l’opération ne s’arrête pas à la modicité des prix obtenus ; en effet, les bâtiments vendus sont reloués par l’État et les loyers vont donc grever les budgets de fonctionnement de manière permanente et dans une bien plus large mesure que les frais d’entretien. Enfin, l’État s’est appauvri puisqu’il a vendu des biens immobiliers non pour investir ou réduire la dette— qui ne diminue pas en termes absolus — mais pour couvrir ses dépenses ordinaires.


La SICAFI


REYNDERS s’est maintenant engagé dans une opération encore plus sophistiquée, puisqu’il a mis sur pied la création d’une SICAFI, chargée de recueillir et de gérer une série de bâtiments publics. Pour faire bref, il s’agit de constituer avec le groupe COFINIMMO une société immobilière dans laquelle l’État apporterait plusieurs dizaines d’immeubles ainsi qu’un montant en espèces, tandis que le groupe COFINIMMO apporterait de son côté plusieurs dizaines d’immeubles également ainsi que son savoir-faire immobilier. Le tout serait alors introduit en bourse et l’État conserverait 10% de la société après avoir vendu au passage les trois quarts de ses actions lors de l’entrée en bourse (1), histoire de combler le déficit budgétaire et de récupérer sa mise en espèces avec une plus-value.

Opération complexe s’il en est et qui permet de noyer le poisson, car la transparence n’est guère au rendezvous ! Les immeubles de l’État paraissent de nouveau sous-évalués, tandis que ceux de la société immobilière paraissent évalués tout à fait correctement puisqu’ils font déjà partie des actifs bilantaires d’une société cotée. Par ailleurs, l’État ne sera plus propriétaire de ses bâtiments et se retrouvera comme actionnaire minoritaire d’une SICAFI cotée dont la moitié du parc immobilier lui est loué ! En tant qu’actionnaire, il percevra des dividendes amputés évidemment de tous les frais et faux frais de gestion de la SICAFI qui tomberont dans l’escarcelle de COFINIMMO. L’opération est donc juteuse pour COFINIMMO et d’ailleurs les autres opérateurs privés ne sont pas dupes, puisque deux d’entre eux, le groupe AXA et BEFIMMO, ont introduit une requête en suspension d’extrême urgence au Conseil d’État contre la décision désignant COFINIMMO comme partenaire de l’État dans la SICAFI et ont obtenu la suspension. L’opération est donc compromise à court terme.

Sous des dehors plus techniques, l’opération aboutit au même résultat, à savoir la vente des immeubles et leur location à un opérateur privé coté en bourse, sauf que l’État en détient 10% ; inutile de préciser que cette participation pourra être vendue et qu’à tout moment, elle pourra être diluée en cas de fusion ou d’absorption de la SICAFI (2).


Que conclure ?


En résumé, les opérations menées par REYNDERS et le Gouvernement ne sont guère positives :

— puisque les bâtiments sont souvent vendus à un mauvais prix ;

— puisque ces bâtiments doivent être reloués au prix fort ;

— puisqu’enfin l’État s’appauvrit et équilibre son budget par la vente d’actifs... comme si un particulier vendait sa maison pour boucler ses fins de mois.

Le GERFA lance donc un appel aux décideurs pour que cette politique de vente d’actifs soit stoppée et qu’une évaluation de la politique de vente des biens immobiliers de l’État fasse l’objet d’un rapport circonstancié

Le Bureau du GERFA
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(1) Notons cependant que COFINIMMO gardera ses actions, preuve supplémentaire de l’intérêt de l’opération.

(2) En constituant une société mixte, l’État va permettre une meilleure valorisation lors de l’entrée en bourse et la survalorisation des immeubles apportés par COFINIMMO dont l’action est d’ailleurs en nette hausse ; c’est au moment de l’entrée en bourse que l’État réalisera sa part et sa plus-value, ce qui semble extrêmement contestable dans le chef des pouvoirs publics.