Communiqué du 12 décembre 2006


Non au bradage du patrimoine immobilier de l'Etat


Le ministre des Finances, Didiers REYNDERS (M.R.), invente depuis près de huit ans une série de trucs et de ficelles pour équilibrer le budget, mais qui aboutissent en fait à piller le patrimoine de l’Etat et à priver à terme les services publics de moyens importants pour mener de nouvelles politiques ou simplement pour assurer leurs fonctions de base.

Ainsi, le Gouvernement s’est engagé dans une politique systématique de vente des immeubles abritant pour l’essentiel les services des grands ministères qui doivent évidemment être logés soit dans d’autres bâtiments reloués à des sociétés privées au prix du marché, soit… dans les bâtiments vendus !

 

Nous avions déjà dénoncé ces opérations en janvier 2002 en constatant que les acheteurs faisaient de très bonnes affaires compte tenu de la sous-évaluation du marché immobilier bruxellois. Par ailleurs, la précipitation avec laquelle les opérations ont été exécutées et la nécessité de conclure la vente avant la fin de l’exercice, histoire d’équilibrer le budget, ne permettaient pas d’obtenir le meilleur prix.

Mais la critique de l’opération ne s’arrête pas à la modicité des prix obtenus ; en effet, les bâtiments vendus sont reloués par l’Etat et les loyers vont donc grever les budgets de fonctionnement de manière permanente et dans une bien plus large mesure que les frais d’entretien.

 

Enfin, l’Etat s’est appauvri puisqu’il a vendu des biens immobiliers non pour investir ou réduire la dette –qui ne diminue pas en termes absolus- mais pour couvrir ses dépenses ordinaires.

 


Une première tentative : la SICAFI

 

En septembre 2006, REYNDERS, en collaboration avec la société cotée COFINIMMO, avait projeté la création d’une SICAFI, chargée de recueillir et de gérer une série de bâtiments publics.

Pour faire bref, il s’agissait de constituer avec le groupe COFINIMMO une société immobilière dans laquelle l’Etat apporterait plusieurs dizaines d’immeubles ainsi qu’un montant en espèces, tandis que le groupe COFINIMMO apporterait de son côté plusieurs dizaines d’immeubles également ainsi que son savoir-faire immobilier. Le tout serait alors introduit en bourse et l’Etat conserverait 10% de la société après avoir vendu au passage les trois quarts de ses actions lors de l’entrée en bourse, histoire de combler le déficit budgétaire et de récupérer sa mise en espèces avec une plus-value.

 

Cette opération avait été stoppée par un arrêt de suspension du Conseil d’Etat.

 


Une deuxième initiative

 

Comme le budget de l’Etat est en déséquilibre, REYNDERS remet le couvert en décembre 2006. La technique a cependant changé.

Dans un premier stade, il s’agit pour l’Etat et la SOPIMA de céder à la société FEDIMMO –non encore constituée- 62 bâtiments publics.

 

Dans un second stade, il s’agit de mettre en vente aux enchères 90% des actions de cette société.

 


Précipitation et évaluation suspectes

 

L’opération a été annoncée dans le Bulletin des Adjudications du 6 décembre et devra être bouclée pour le 29 décembre. Autant dire que, dans ces conditions, il sera impossible d’obtenir le meilleur prix.

 

Par ailleurs, les immeubles sont évalués in globo à 574 millions d’euros, soit +/- 23 milliards de francs par un cabinet spécialisé. Le GERFA demande avant tout que l’évaluation  soit faite par le ministère des Finances et la Cour des comptes et exprime ses réserves sur ce genre d’évaluation.

 

Mieux, le montant des loyers relatifs aux immeubles apportés est de 40 millions d’euros, revenu intéressant et même très intéressant pour une mise de 574 millions, d’autant que l’actionnaire privé ne prend aucun risque et est assuré d’encaisser ses loyers.

 

Autrement dit, après quinze ans, l’Etat aura englouti la somme qu’il a perçue et devra alors payer 40 millions d’euros par année.

 

Ce calcul est même faux sur le plan budgétaire, puisque, dès 2007, l’Etat devra payer les 40 millions d’euros, étant entendu que la somme de 574 millions d’euros aurait été engloutie dans les comptes de 2006.

 

Enfin, l’opération parait très juteuse puisqu’une vingtaine de sociétés immobilières ont déjà marqué leur intérêt.

 

Notons aussi que l’opération manque totalement de transparence puisque les intéressés doivent acquitter la somme de 5.000 euros pour accéder au dossier ! Inutile de dire qu’à ce prix, seules les sociétés immobilières pourront y accéder. Le GERFA demande également que les parlementaires aient accès au dossier gratuitement.

 


Que conclure

 

En résumé, les opérations menées par REYNDERS et le Gouvernement ne sont guère positives

 

- puisque les bâtiments sont souvent vendus à un mauvais prix ;

- puisque ces bâtiments doivent être reloués au prix fort ;

- puisqu’enfin l’Etat s’appauvrit et équilibre son budget par la vente d’actifs… comme si un particulier vendait sa maison pour boucler ses fins de mois ;

-  puisque l’ensemble de l’opération se fait dans une précipitation plus que suspecte et ne permet pas de garantir le respect de l’intérêt général.

 

Le GERFA s’étonne par ailleurs que tous les membres du Gouvernement cautionnent cette mauvaise décision d’un mauvais gestionnaire.

 

Le GERFA lance donc un appel aux décideurs pour que cette politique de vente d’actifs soit stoppée.

 

Il exige au minimum que les parlementaires aient accès au dossier gratuitement afin qu’ils puissent exercer leur contrôle légal sur l’affaire.

 

Le Bureau du GERFA