Communiqué du 10 aout 2007
La note Leterme : inacceptable et incohérente
Le GERFA a pris connaissance de la
note du formateur « La force des gens » dans sa
dernière version du 8 aout 2007. Il a analysé les options
relatives à l’administration fédérale. Le
moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles ne sont
guère ni novatrices, ni réjouissantes, ni susceptibles
d’améliorer la gestion de l’administration
fédérale après le désastre de la
réforme COPERNIC.
1. Les machins supplémentaires
Alors que le fonctionnement du service de recrutement a
été régulièrement critiqué au cours
des deux dernières législatures sur le double plan de son
objectivité et de l’adéquation des épreuves,
la note du formateur le récompense en quelque sorte en en
faisant une institution autonome gérée par un conseil
d’administration.
Comme le GERFA l’a souligné maintes fois, la direction du
recrutement doit rester dans les prérogatives du
gouvernement qui doit déterminer les orientations
tout en garantissant à l’organe son indépendance de
fonctionnement. Il n’est donc pas nécessaire de
créer un nouveau machin qui coûtera cher, qui
permettra vraisemblablement de nouvelles nominations partisanes et qui
échappera encore plus à la direction du gouvernement.
Au contraire, au lieu de créer un nouveau machin, il
fallait remettre en cause le fonctionnement de SELOR et sa
direction, le recentrer sur sa mission essentielle et
rétablir des systèmes de sélection sérieux
centrés sur les exigences des emplois à pourvoir et non
sur des profils de fonction fantaisistes.
Par ailleurs, la note du formateur limite SELOR à un
rôle de présélection, puisque la sélection
finale est désormais attribuée à l’organisme
public concerné. C’est un nouveau pas dans le
démantèlement du recrutement objectif, car les nombreux
contractuels en place dans l’organisme ou l’emploi est
à pourvoir bénéficient d’une position
privilégiée au détriment des candidats inconnus.
Bref, de plus en plus, pour obtenir un emploi à l’Etat
fédéral, il s’imposera de passer par un recrutement
contractuel qui, lui, n’est que rarement objectif.
Dans le même ordre d’idées, le GERFA ne voit pas la
raison pour laquelle il est nécessaire de faire du service de
formation une entité indépendante. Si le GERFA a
toujours souhaité la création d’une école
d’administration indépendante, force est de constater que
l’IFA n’en a guère les caractéristiques dans
la mesure où il se limite à la seule administration
fédérale et où il se borne à
conclure des contrats de formation avec divers opérateurs.
En conclusion, alors que le fonctionnement et les missions de ces ceux
services, particulièrement importants pour l’organisation
de la fonction publique fédérale, devaient être
revus, la note du formateur évite soigneusement toute remise en
cause et en fait des entités autonomes ! Le GERFA
s’oppose à cette orientation qui n’a souvent
d’autre but que de maintenir en fonction les managers
politisés en place (à l’IFA, Serge PEFFER, MR et au
SELOR, Marc VAN HEMELRIJK , SPA mais proche du
VLD).
Ajoutons également que si par impossible les objectifs de la
note étaient atteints et que l’IFA et SELOR devenaient des
entités distinctes, le ministère de la Fonction publique
perdrait sa raison d’être puisqu’il serait
réduit à une seule direction
générale ; il devrait dès lors être
supprimé et éventuellement rattaché aux Services
du Premier ministre.
2. Le recrutement des managers
La note du formateur précise que SELOR recrutera les candidats
uniquement sur la base de leurs capacités en management et de
leur vision dans le domaine spécifique.
C’est en quelque sorte enfoncer une porte ouverte et confirmer la
politique détestable qui a été menée
pendant huit ans et qui a porté à la tête des
services publics fédéraux des responsables
politisés et souvent peu compétents !
D’ailleurs, à propos du ministère des Finances, le
formateur lui-même en stigmatisait les dysfonctionnements pour
quelques semaines plus tard en confirmer les méthodes de
recrutement inadaptées.
Au contraire, pour le GERFA, il faut rompre avec la réforme
COPERNIC et recruter les « managers » sur
des bases sérieuses et rigoureuses fondées
essentiellement sur les connaissances et le savoir faire propre
à la fonction et non plus sur la base d’un management
primaire idéologiquement orienté.
Par ailleurs, la note du formateur est muette sur les traitements
indécents des « top managers » qui doivent
être évidemment revus si l’on veut rétablir
la confiance des agents des services publics ; il n’y en
effet aucune raison pour que ces « top managers »
perçoivent ces traitements alors qu’ils ne courent aucun
risque spécifique, que la quai totalité sont
fonctionnaires et que leurs évaluations ont
été comme par hasard positives.
3. Des erreurs grossières
3.1. Dans sa note, le formateur
déclare que SELOR ne sera plus le partenaire obligatoire des
services publics fédéraux de même qu’il
ne sera plus le partenaire obligatoire des Régions et des
Communautés.
Cela signifie en d’autres mots que la règle du recrutement
objectif et centralisé est abandonnée ; cette mesure
constitue donc une régression fondamentale et ramène les
services publics dans les procédures en vigueur avant la guerre
40-45 au moment où chaque organisme recrutait selon son bon
vouloir et selon ses propres critères.
Par ailleurs, si SELOR n’est plus le partenaire obligé, il
est probable que la plupart des services publics ne recourront plus
à ses services et que les capacités de SELOR ne seront
plus employées. Dans ces circonstances, la création
d’un organisme indépendant s’impose encore
moins !
En qui concerne les Communautés et les Régions, la note
du formateur est erronée. En effet, c’est sur la
base d’une disposition expresse de la loi spéciale de
réformes institutionnelles du 8 aout 1980 que celles-ci doivent
recruter leur personnel par l’intermédiaire du
Secrétariat permanent de recrutement( SELOR). Le Gouvernement en
gestation ne dispose pas de la majorité requise pour modifier la
loi spéciale.
Cela étant, compte tenu de la faiblesse actuelle de SELOR et de
sa mauvaise direction, le GERFA n’est pas opposé au fait
que les Communautés et les Régions soient responsables du
recrutemement de leurs agents à condition que les entités
francophones constituent un organisme de recrutement commun.
3.2. Dans sa note, le formateur
souhaite que le système d’évaluation soit plus
souple ! Il ne saurait être plus souple puisqu’il a
été supprimé et replacé par un autre
qui n’est toujours pas opérationnel dans l’ensemble
des ministères fédéraux. Ce nouveau système
n’est pas à proprement parlé un système
d’évaluation, mais peut aboutir au licenciement des agents.
Pour le GERfA, il est peu utile de plancher sur des systèmes
d’évaluation qui ne fonctionnent pas, qui monopolisent
beaucoup de temps et d’énergie et qui n’ont
d’ailleurs jamais fonctionné depuis 1939 ! Il vaut
mieux se limiter à des états de service susceptibles
d’être produits dans le cadre des procédures de
promotion et réserver à l’autorité la
possibilité d’octroyer une évaluation
négative susceptible d’entrainer le licenciement de
l’agent.
3.3. « Dans le cadre
de la simplification, les contentieux en matière de salaires du
personnel statutaire seront transmis aux tribunaux du
travail »
En l’état, cette phrase est
incompréhensible ; on peut supposer que cela signifie
que les litiges pécuniaires seront désormais de la
compétence des tribunaux du travail en lieu et place des
tribunaux de première instance. Cela étant, nombre de
litiges sont fondés sur une décision administrative qui
est souvent du ressort du Conseil d’Etat ; il eût
mieux valu étendre les compétences du Conseil
d’Etat et lui permettre de résoudre également
l’ensemble de litiges relatifs à la fonction
publique
4. Des positions à l’emporte-pièces
Dans sa note, le formateur suggère de ne remplacer les
départs qu’à raison d’un tiers, de la
moitié ou de deux tiers, selon le souhait de chaque partenaire.
Ces postions ne sont pas sérieuses et ne tiennent pas compte des
besoins des services ; dans certains, comme les prisons ou les
maisons de justice, des recrutements supplémentaires
s’imposeront tandis que dans d’autres, il sera
possible de ne pas remplacer certains départs ; quoi
qu’il en soit, les gains effectués permettront, selon la
note, d’engager du personnel contractuel !
5. Des options bureaucratiques
Dans sa note, le formateur écrit que le Gouvernement fera
établir un plan personnel de développement pour chaque
membre du personnel.
Alors que les cercles de développement ne sont pas à ce
jour opérationnels, l’établissement de dizaines de
milliers de plans se révélera un travail titanesque et
largement inutile. Au contraire, il faut recentrer les agents sur le
travail à effectuer et sortir des procédures
administratives qui nuisent tant à l’efficacité
qu’à la quantité et la qualité du travail
fourni.
Conclusion
La note du formateur s’inscrit dans la continuité de la
« réforme » COPERNIC et ne propose aucune
modification d’orientation. Elle ne remet donc en cause ni le
recrutement des « tops », ni leurs traitements,
ni leur politisation.
Pire, au-delà d’une méconnaissance souvent
flagrante de la situation juridique, fonctionnelle et administrative
des services publics fédéraux, elle propose ni plus ni
moins la fin du recrutement obligatoire par SELOR et tout aussi
paradoxalement sa conversion en entité autonome.
Par ailleurs, elle s’inscrit dans une conception bureaucratique
de la fonction publique en privilégiant des techniques internes
au détriment des tâches à effectuer.
On est donc très loin de son titre « La force des gens » !
Le Bureau du GERFA