Il faut croire que la
dernière crise économique et financière n’a
vraiment rien appris aux dirigeants puisque La Poste continue ses
démarches pour une éventuelle entrée en
bourse !
Notons que La Poste est globalement
valorisée à 1,5 milliard, soit un peu plus de 60
milliards de francs belges, moitié pour l’Etat et moitié
pour l’actionnaire privé, le fonds d’investissement CVC. Notons
que cette valeur est une valeur comptable et financière et ne
prend pas en compte le rôle de La Poste dans la
société en tant que prestataire de services et en tant
qu’employeur. La valeur de la Poste est impossible à calculer.
Elle s’inscrit dans le noyau dur du service public et contribue
d’ailleurs à la stabilisation de l’économie. Il est en
effet important qu’à côté des
sociétés privées et commerciales, subsiste
un socle de services publics qui doivent jouer le rôle de
stabilisation au moment des grandes crises économiques. Le
« tout au marché » est donc dangereux et
d’autant plus dangereux quand il concerne l’ensemble de
l’économie et qu’aucun amortisseur ne subsiste. L’entrée
en bourse fait donc fi de la valeur réelle de La Poste, qui
repose sur ses travailleurs, son activité de service public, les
subsides de la collectivité, au profit d’une valeur
purement comptable et de marché.
Par ailleurs, même
au prix de 1,5 milliard d’euros, l’entrée en bourse constitue un
véritable marché de dupes. Car, si pour l’Etat, qui est
actionnaire à 50%, rien ne change vraiment, par contre,
l’actionnaire privé va pouvoir profiter de l’entrée en
bourse pour vendre ses actions, vraisemblablement une première
tranche en 2010 ou 2011 et une deuxième tranche en 2012. Le
fonds CVC encaissera donc au minimum 750 millions d’euros et
peut-être le double si l’action est introduite à un prix
supérieur à sa valeur comptable, ce qui est possible
compte tenu du fait que La Poste est connue du public, qu’elle
constitue un placement de bon père de famille et qu’elle est
considérée comme sûre. Bref, l’image de La Poste
facilitera son entrée en bourse.
Il est donc assez
probable que les actions vont valoir le double, ce qui permettrait au
fonds CVC d’empocher 1,5 milliard d’euros pour une mise initiale de 150
millions d’euros en 2006 pour 25% des actions et une mise
complémentaire de 375 millions d’euros en 2009 pour une
deuxième tranche de 25% (
1), soit en tout 525 millions d’euros, ce qui produit un ratio de 3 en 5 ans (
2) ! Comme rentabilité, c’est époustouflant !
Quand
le fonds CVC aura réalisé sa plus-value sur
le compte des souscripteurs, le capital flottant (free float) de
La Poste s’élèvera à 50% qui sera partagé
entre les particuliers (pour une part réduite) et les nouveaux
fonds d’investissement qui, à leur tour, réclameront un
retour sur investissement et donc une réduction du service
public « non productif » et la vente d’actifs
dits non rentables.
A court terme, l’Etat pourra profiter de
l’opération en voyant la valeur de ses actions augmenter mais
cela restera temporaire, le temps qu’il faudra pour que les nouveaux
investisseurs pompent les restes de la valeur en exigeant le
versement de dividendes de plus en plus élevés, donc en
faisant réaliser des actifs et en diminuant les fonds propres.
Au
terme de l’évolution, La Poste perdra de sa valeur et l’Etat
devra la recapitaliser sous peine de faillite ou de revente dans de
mauvaises conditions au plus offrant ! Ce sera une nouvelle saga
FORTIS !
L’entrée en bourse de La Poste est donc une
très mauvaise idée sur le plan tant du service public que
de la stabilité de l’économie, qui a besoin
d’amortisseurs non soumis aux marchés financiers.
Alors
que l’Etat et les décideurs publics se sont déjà
brulé les ailes en bradant la C.G.E.R. ou le Crédit
communal, ils remettent le couvert dans une nouvelle opération
qui est vouée à un échec certain et qui ne
bénéficiera à terme qu’aux fonds d’investissement
prédateurs.
Le GERFA s’oppose donc fermement à
l’entrée en bourse de La Poste et ne voit pas la plus-value que
le service public, l’usager ou l’Etat peuvent en retirer.
Au
contraire, La Poste doit rester un service public à part
entière sur lequel l’autorité du pouvoir public doit
s’exercer en prenant en compte l’ensemble des paramètres comme
l’emploi, le service public ou encore le rôle de stabilisateur.
Il
serait particulièrement grave qu’après la liquidation de
la valeur de la C.G.E.R. et du Crédit communal par des apprentis
sorciers et des gestionnaires incompétents, une nouvelle
bévue soit commise.