Depuis quelque temps, une
certaine panique est orchestrée autour du paiement des pensions.
Seront-elles toujours payées ? Ne sont-elles pas trop
élevées ? Ne faudrait-il pas recourir à
des pensions complémentaires et limiter en conséquence
les obligations de l’Etat ? Au coeur de cette manipulation de
l’opinion : le ministre des Pensions, le socialiste Michel
DAERDEN, et la ministre des P.M.E. et des Indépendants, la
libérale Sabine LARUELLE, qui en font leurs choux gras mais avec
des objectifs purement électoraux, voire clientélistes.
Tout
d’abord , relevons -et le ministre l’a déclaré
lui-même- qu’il n’y a pas de problème pour le paiement des
pensions ; sur ce point, le dossier est donc déjà
clos et y aurait-il un problème qu’il suffirait d’augmenter d’un
quart de point les cotisations sociales pour le régler d’un coup
sec, à condition évidemment, comme nous l’avons
déjà écrit, que cela soit combiné avec une
correction de la fiscalité sur les petits revenus. Cela parait
donc un faux débat, mais qui cache de vrais enjeux !
Mais
revenons aux remèdes proposés par Michel DAERDEN .
Ils sont au nombre de trois : l’instauration de bonus pour ceux
qui continuent de travailler au-delà de l’âge de 60
ans, la création d’un fonds de vieillissement et le
renforcement du deuxième pilier.
En ce qui concerne les
bonus, ils existent déjà, tant dans le secteur
privé que dans le secteur public, où leur utilisation se
révèle assez confidentielle ; ainsi, dans la
fonction publique, les bonus -qui peuvent se monter à 9% du
montant brut de la pension pour ceux qui restent en service de 60
à 65 ans- n’ont pas donné grand-chose et les rares agents
qui en ont profité appartiennent aux catégories
supérieures exerçant un travail motivant et qui de toute
manière seraient restés en service ; relevons que la
grande majorité des agents partent à l’âge de 61
ans et ne prolongent pas leur carrière pour les
bonus ! DAERDEN a donc tout faux sur ce point et ce n’est pas la
publicité envisagée qui inversera le cours des
choses. Voilà un premier mensonge de DAERDEN, qui ne peut
ignorer le problème : le signataire le lui a d’ailleurs
rappelé lors de l’émission Controverse du dimanche
28 mars, sur les antennes de R.T.L.
En guise de deuxième
point, le ministre met en avant la création d’un fonds de
vieillissement, censé éponger les déficits
éventuels à venir.
Dans un Etat dont la dette
publique atteint 100% du produit intérieur brut et dont le
déficit budgétaire en 2009 a atteint 6% du PIB, soit
près de 12% du budget, et en 2010 atteindra encore près
de 5%, ou près de10% du budget, c’est simplement se moquer du
monde !
C’est comme si un ménage surendetté
décidait d’emprunter un nouveau montant qu’il consacrerait
à ses vieux jours ; il ne faut pas être grand clerc
pour constater que ce fonds est une pure opération comptable qui
augmentera le déficit et la dette, qu’il devra être
financé par le recours à l’emprunt et que son cout
sera élevé puisqu’il sera financé au taux du
marché, qui est en plus supérieur au taux de
croissance ! Il s’agit d’un montage farfelu qui ne résiste
pas à une analyse somme toute basique, mais qui est gobé
tel quel par les observateurs politiques, béats
d’admiration devant les recettes du ministre.
Enfin,
en guise de troisième mesure, DAERDEN plaide pour le
renforcement du deuxième pilier ! Pour un socialiste, c’est
à vrai dire étonnant, car ce deuxième pilier est
en fait une assurance privée dont les primes sont payées
pour l’essentiel par les employeurs et pour une part réduite par
les employés et qui garantit aux bénéficiaires le
versement d’une rente complémentaire ou d’un capital à
l’âge de la pension.
Le système est à
première vue intéressant, à ceci près qu’il
bénéficie aux secteurs riches capables d’alimenter
les caisses d’assurances et qu’il impose malgré tout une
cotisation supplémentaire aux employés ; cela
signifie donc que DAERDEN défend en fait les pensions à
deux vitesses : d’une part, les pensions confortables pour les
secteurs riches (banques, assurances, pétrole, chimie, etc.) et,
d’autre part, la pension légale minimale pour tous les autres
dont le secteur non marchand ! Il s’agit donc d’une rupture de
solidarité -qui existe déjà-, mais que DAERDEN
amplifie.
Cerise sur le gâteau, DAERDEN défend le
deuxième pilier pour les agents contractuels de la fonction
publique -qui constitue comme chacun sait une réserve de
clients-, créé sur mesure avec les contributions de
l’employeur ! Notons que les pensions restent pour l’instant
à charge de l’Etat fédéral et la proposition de
DAERDEN permet a priori (
1)
de refiler le financement du deuxième pilier pour les
milliers de contractuels de la Région wallonne, de la
Communauté française, des communes et des provinces au
budget de l’Etat ! C’est bien joué, mais la note sera
salée quand les Régions et les Communautés –et
cela ne saurait tarder- devront reprendre les obligations de
l’Etat fédéral pour les pensions de leurs fonctionnaires
et de leurs agents contractuels.
Bref, on le voit : les
deux premières mesures de DAERDEN ne constituent qu’un
écran de fumée pour faire passer la troisième qui
lui permet de récompenser ses milliers de clients
politisés ! La ministre LARUELLE s’est aussitôt
engouffrée dans la brèche pour plaider l’augmentation des
pensions des indépendants et proposer leur alignement
progressif sur les pensions des salariés. Il est donc patent que
la dramatisation n’a servi qu’à développer le
deuxième pilier pour les contractuels des services publics chers
à DAERDEN et à augmenter les pensions des
indépendants chers à LARUELLE ; le contrat entre
socialistes et libéraux se lit donc comme le nez au milieu du
visage et on est très loin d’une discussion sur le financement
des pensions !
Lors de l’émission Controverse, le
GERFA a eu également l’occasion de stigmatiser deux points
essentiels. Il a d’abord constaté que le montant des pensions
était particulièrement faible en Belgique et qu’en
plus la différence entre la pension poche après
prélèvements et la pension brute avant
prélèvements était plus élevée que
dans les pays voisins : les politiques autour de la table ont
joué aux vierges effarouchées en affirmant la main sur le
coeur que cela n’était pas vrai ; LARUELLE s’en est
allée de son petit couplet sur ses augmentations de quelques
euros ! Que l’on veuille on non, la question soulève le
cout de notre appareil politico-institutionnel prédateur, qui
prélève pour son fonctionnement un pourcentage excessif
sur les revenus, et doit être abordée, n’en
déplaise aux rentiers du système que sont les femmes
et hommes politiques qui se sont d’ailleurs constitué des
pensions très confortables, très loin des 1000 ou 1200
euros que perçoivent encore des dizaines de milliers
de pensionnés.
Enfin, suscitant le
mécontentement du représentant des assurances, le GERFA a
rappelé son attachement au système de répartition
qui consiste à ce que les cotisants et actifs d’aujourd’hui
paient les pensions d’aujourd’hui. C’est en fait le système qui
garantit à la fois un paiement sûr, la solidarité
entre les générations et un niveau correct des pensions.
Le deuxième piler n’assure pas cette garantie -la
dernière crise économique devrait servir de leçon-
et est injuste dans la mesure où le montant de la pension est
décliné en deux vitesses, celui des secteurs performants
économiquement et celui des autres, pourtant tout aussi
utiles !
En somme, le monde politique a
agité le problème des pensions pour faire passer des
mesures privilégiant des clientèles particulières
ou des systèmes mixtes et bricolés, histoire de
réduire apparemment le poids des pensions sur le budget
public ; ce faisant, il a évité les questions
essentielles et les choix stratégiques en les renvoyant aux
calendes grecques.